Sabu Kohso

Préface de Thomas Lamarre

Traduit par Philippe Blouin

320 pages

Parution 24 février 2021

Format 20 x 14 cm

ISBN : 978-2-924834-11-4

Prix : 24,95 $

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Radiations et révolution

Capitalisme apocalyptique et luttes pour la vie au Japon

« Dix ans se sont écoulés depuis le 11 mars 2011. Les villages côtiers emportés par le tsunami, les réacteurs qui crachent des champignons atomiques et les hommes qui effectuent des missions létales en combinaison de protection ont laissé place aux piles infinies de sacs noirs, aux animaux domestiques errant dans la campagne déserte et aux examens médicaux pour les enfants. Le cataclysme est venu s’intégrer à la reconstruction des appareils capitalistes et étatiques, alors que les terres contaminées par les retombées radioactives étaient laissées à l’abandon, et que les zones irradiées tendaient même à s’étendre en suivant les imprévisibles mutations des activités vitales. Par sa durée autant que par son étendue, la catastrophe nucléaire de Fukushima apparaît comme la quintessence d’un monde dystopique. »

 

Partant d’une catastrophe dont le sens et les retombées débordent largement les limites du Japon, Radiations et révolution embrasse bien plus que le désastre nucléaire de Fukushima. Sous les crises parallèles en chaîne qui firent du tsunami une catastrophe irrémédiable, Sabu Kohso dévoile les forces historiques à l’œuvre : celles qui ont insularisé l’archipel du Japon dans l’espace clos de la nation, celles qui ont coupé court à son mouvement d’expansion impériale en rasant Hiroshima et Nagasaki, celles qui ont inéluctablement lié, dans les années d’après-guerre, le destin du pays à celui de l’énergie atomique. Face à l’avenir irradié, naît une résistance où la vie en vient à coïncider avec la lutte au point que ces « vies-en-lutte » ne se demandent pas uniquement Que faire ?, mais aussi Comment vivre ? Le dispositif de la fusion nucléaire du capitalisme et de l’État, avec ses radionucléides libérés sur la  Terre entière, est enrayé par des luttes qui, un peu à la manière des radiations, se diffusent en épousant les mouvements atmosphériques planétaires et se jouent des frontières.

 

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Sabu Kohso est né à Okayama dans le sud du Japon. Il a passé sa jeunesse à Tokyo et vit à New York depuis 1980. Militant de longue date dans la lutte anticapitaliste, il a participé avec des ami·es au Japon et en Corée à l’organisation de débats et de manifestations contre la mondialisation capitaliste et dans d’autres tentatives pour relier les luttes autonomes en Asie avec celles en Europe et aux Amériques. Théoricien du politique et du social, il a écrit une série de livres en japonais sur l’espace urbain et les luttes populaires à New York ainsi qu’un livre sur la philosophie de l’anarchisme planétaire, tous traduits en coréen. Il a traduit de l’anglais au japonais des ouvrages de David Graeber (Fragments of an anarchist anthropology et Debt: The First 5000 Years) et de John Holloway (Crack Capitalism), et traduit du japonais à l’anglais des travaux théoriques de l’architecte Arata Isozaki (Japanness in Architecture) et des essais du philosophe et critique littéraire Kōjin Karatani (Architecture as Metaphor et Transcritique). Il a été l’un des artisans du cahier d’enquêtes politiques Fukushima et ses invisibles (Éditions des mondes à faire, 2018).

 

Thomas Lamarre est japanologue et professeur au département de langues et civilisations de l’Asie de l’Est à l’Université de Chicago. Ses intérêts vont de la culture matérielle à la science-fiction japonaise en passant par les médias. Ses recherches actuelles portent entre autres sur l’utilisation des animaux dans la formation des réseaux médiatiques associés au colonialisme et à l’empire extraterritorial, et des politiques d’animisme et de spécisme qui en découlent.

 

Philippe Blouin est anthropologue, traducteur d’ouvrages de pensée politique et organisateur à Montréal. Ses recherches actuelles à l’Université McGill portent sur la question de l’alliance dans la philosophie politique ­mohawk. Il développe avec les anciens des maisons longues une anthropologie de l’alliance à travers les luttes décoloniales. Il a publié dans Liaisons et Stasis, préparé une postface aux Réflexions sur la violence de George Sorel (Entremonde, 2013) et a récemment traduit Capitalisme carcéral de Jackie Wang (Divergences/Éditions de la rue Dorion, 2020).

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