Alpa Shah

Préface d’Akash Poyam

Traduction par Celia Izoard

376 pages

Parution le 11 mai 2022

Format 22 x 14 cm

ISBN : 978-2-924834-26-8

Prix : 31,95 $

Format ePub

ISBN : 978-2-924834-27-5

Prix : 21,99 $

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Le livre de la jungle insurgée
Plongée dans la guérilla naxalite en Inde

Un projet réalisé en collaboration avec les Éditions de la dernière lettre

Le mouvement révolutionnaire naxalite, basé dans les forêts du centre et de l’est de l’Inde, est en guerre depuis 50 ans contre l’État indien. Ces hommes et ces femmes qui combattent dans les rangs des naxalites, que les médias présentent comme un groupe terroriste sanguinaire, sont des membres des basses castes et des communautés tribales, allié·es à des rebelles héritier·es du marxisme-léninisme pour opposer aux grands projets d’infrastructure une vision du monde égalitaire et communautaire.

 

Une enquête personnelle où la petite et la grande histoire se mêlent

En 2010, l’anthropologue Alpa Shah enfile un treillis et s’embarque pour une randonnée de sept nuits avec une escouade, parcourant 250 kilomètres à travers les forêts denses et accidentées de l’est de l’Inde. Dans ce récit intimiste et limpide paru en anglais en 2019, Shah nous plonge nuit après nuit dans un carnet de route époustouflant.

Son récit à la première personne met en scène ses fatigues et ses attentes, décrit minutieusement les scènes de cuisine ou d’ablutions féminines, et nous rappelle la biographie déroutante de certains jeunes compagnons adivasi, habitants autochtones des forêts, qui rejoignent parfois la lutte pour de simples embrouilles familiales.

En dialoguant avec des leaders révolutionnaires aux axiomes parfois rigides et en partageant le quotidien de villageois·es sur les zones libérées par la guérilla, Shah nous embarque au cœur de la dépossession, et raconte pourquoi une part de la population pauvre de ce qu’on appelle « la plus grande démocratie du monde » s’est tournée depuis des décennies vers la lutte armée.

 

Un récit qui se lit comme un roman

« Quand le bus quitte la route pour freiner brusquement devant un arrêt poussiéreux, je jette un œil anxieux à travers la vitre sur le marché de Shergati. On m’a dit que les insurgés enverraient un « correspondant » pour m’accueillir et me guider jusqu’à leur repaire dans la forêt. Mais combien de temps me faudra-t-il pour le repérer ? Toute une foule de vendeurs de légumes, de poulets, de chèvres, de marchands de montres ou de cosmétiques circulent entre les bus, les camions et les jeeps. Les gens achètent et vendent, boivent du chai, flânent pour passer le temps. Et si le « correspondant » n’était pas là ? Combien de temps suis-je censée attendre ? Et à quelle heure part le dernier bus pour Ranchi ?

Cette étape peut donner lieu à des mésaventures légendaires. Les rebelles de la guérilla rient à gorge déployée quand on raconte celle du leader naxalite arrivé du sud de l’Inde qui attendait son « correspondant » devant un temple très fréquenté du Jharkhand en tenant à la main, en signe de reconnaissance, un régime de bananes. Il était posté sous un arbre banian, quand un singe s’approcha furtivement, s’empara des bananes et s’enfuit. Indifférent aux pierres jetées qui arrivaient d’en bas, e singe dévora placidement les fruits en regardant l’homme furieux. Le leader était d’autant plus ennuyé que ce n’était plus la saison des bananes dans le Jharkhand, si bien qu’il se révéla impossible, malgré une recherche fiévreuse dans les alentours, de s’en procurer d’autres. L’heure du rendez-vous finit par passer, et il n’eut d’autre choix que de retourner là d’où il était venu. On mit six mois à lui réorganiser un voyage dans le Jharkhand. Les naxalites en avaient conclu qu’il fallait au moins deux objets pour permettre aux parties en présence de se reconnaître, en plus d’un signe de salutation courant, et, dans bien des cas, un second lieu de rendez-vous au cas où les choses auraient mal tourné.

(…)

À mesure que l’agitation de l’arrêt de bus se propage à l’intérieur du véhicule, je cherche mon correspondant avec une inquiétude grandissante. Scannant l’horizon, j’aperçois au loin, grâce à la hauteur du bus, une casquette rouge. Son possesseur est un homme de haute taille à la peau sombre portant un journal roulé sous le bras. Tout concorde.

Mes cheveux noirs sont soigneusement huilés et roulés dans un chignon bas, je me suis habillée d’un sari bon marché à fleurs rouges et jaunes pour passer inaperçue. Mais, ayant la peau plus claire et quelques centimètres de plus que les femmes de la région, je savais que je détonnerais dans cet environnement dominé par les hommes et qu’on me reconnaîtrait facilement. Néanmoins, comme convenu, je porte une miche de pain. Objet en main, je m’approche du « correspondant ». »

Extrait du livre, traduit par Celia Izoard

Notes biographiques

Alpa Shah, l’autrice

Britannique d’origine indienne, elle est professeure d’anthropologie à la London School of Economics. Pour son terrain de thèse, elle a vécu plus de trois ans dans un village tribal d’une région pauvre de l’est de l’Inde, le Jharkhand. De quoi forger une complicité avec les villageois·es qui lui a ouvert la voie vers la guérilla. Elle a publié In the Shadows of the State (2010) et co-écrit Ground Down by Growth, Tribe, Caste, Class and Inequality in Twenty-First Century India (2017). Elle a réalisé pour la BBC le documentaire audio India’s Red Belt (2010).

Akash Poyam, le préfacier

Chercheur indépendant et écrivain, il est rédacteur en chef adjoint à The Caravan, l’un des magazines les plus respectés et les plus audacieux de l’Inde. Il est également le fondateur d’Adivasi Resurgence, une plateforme en ligne archivant les œuvres d’écrivains adivasis et tribaux, fondée en 2015. Il est membre de la communauté koitur (gond) de l’État de Chhattisgarh. Ses travaux portent sur les questions liées au peuples adivasis et autochtones, au territoire, à la religion, aux mouvements sociaux et à la violence d’État. 

Celia Izoard, la traductrice

Journaliste et autrice, elle élabore une critique des nouvelles technologies au travers de leurs impacts sociaux et écologiques. Elle est l’autrice de Merci de changer de métier. Lettres aux humains qui robotisent le monde (Éditions de la rue Dorion, 2021), a réalisé une nouvelle traduction de 1984 de George Orwell (rue Dorion, 2020) et a traduit de nombreux ouvrages – de Howard Zinn à David Noble en passant par Keeanga-Yamahtta Taylor.

Naïké Desquesnes, l’éditrice

Journaliste et éditrice aux Éditions de la dernière lettre (qui publie la revue Z), elle est une des autrices du livre Notre corps, nous-mêmes (Hors-d’Atteinte, 2021) et, avec Mathieu Brier, de Mauvaises mines. Combattre l’industrie minière en France et dans le monde (Éditions de la dernière lettre, 2018). Elle a aussi écrit et enquêté sur l’Inde et l’Asie du sud pour différents journaux (CQFD, Courrier International, revue XXI, Télérama).

Commentaire d'Olivier Boisvert, libraire chez Librairie Gallimard Montreal

 Le livre de la jungle insurgée, publié par les Éditions de la Rue Dorion (consultez leur catalogue car ils réalisent un travail précieux et remarquable) c’est une splendeur de « non fiction » anthropologique révolutionnaire, éclairant au possible et férocement haletant, qui réaffirme la possibilité de faire du terrain en optant pour l’empirisme robuste, l’aventure des subjectivités  humaines irréductibles, sans pour autant renier l’engagement et la critique féconde. Si vous ne connaissez pas le mouvement révolutionnaire naxalite en Inde, l’anthropologue britannique d’origine indienne Alpa Shah va y remédier pour vous en vous immergeant dans les forêts du centre et de l’est de l’Inde où se joue une guérilla fondamentale entre les com

munautés tribales dépossédées de leur territoire et les compagnies extractivistes qui embauchent des mercenaires pour tenter de les mater et de les faire disparaître.
La résistance passe par la connaissance.

Dans notre catalogue…